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(c)maginel Paris

Les énergumènes du festival Faits d'hiver-Danse

LE MONDE | 25.01.06 | 14h35  •  Mis à jour le 25.01.06 | 14h35

 







AAmi-parcours, le festival Faits d'hiver-Danses d'auteurs affirme son soutien à des personnalités singulières. Depuis le 12 janvier, se sont succédé l'iconoclaste Fabrice Dugied, l'extravagante Graziella Martinez, l'offensive Carlotta Ikeda. Trois énergumènes comme on en voit peu dans la danse contemporaine.

 

Au Regard du Cygne, studio situé sur les hauteurs de Belleville, Fabrice Dugied s'est lancé sans filet autre que sa sincérité dans un solo autobiographique, La Déconstruction du Lego. Depuis son enfance, chahutée par la maladie, la vie de Fabrice Dugied est conditionnée par sa passion de la danse. C'est très beau et terrible ce chemin parcouru par cet "homme adulte pas du tout dans la norme". Sur le thème du "Je me souviens" de Perec, cette boule de nerfs raboute des fragments de son parcours pour composer un album de famille très personnel. Avec quelques morceaux de tissu, un pyjama, une perruque, Fabrice Dugied, qui sait aussi être drôle, ressuscite son passé à travers ses expériences corporelles marquantes. Dans ce dévoilement de soi, secondé par sa complice la danseuse Amy Swanson, il concocte, entre pudeur et exhibition, un très saisissant mélange de confidences et d'anecdotes sur le monde de la danse.

Dans un registre aussi transparent, bien qu'elle soit maquillée comme une voiture volée, la chorégraphe argentine Graziella Martinez, 67 ans, collaboratrice, dans les années 1970, de Copi et de Jorge Lavelli, organise le plateau, pour sa fiction Cérémonies, comme son appartement. Ce solo à plumes et paillettes balaie tous les registres d'une femme qui a choisi l'excès comme mesure de survie. Gitane, geisha, meneuse de revue, tout est possible à Graziella Martinez, qui enfile les uns sur les autres ses vêtements de récupération avec le détachement d'une princesse déchue. Ce clown tragique danse comme si elle n'était pas tout à fait là. Lorsqu'elle lève ses immenses yeux charbonneux, on y lit une telle dérision et une telle ironie qu'on ne peut que succomber à son charme sombre.

La Japonaise Carlotta Ikeda, programmée au Théâtre Silvia-Monfort, offre dans Zarathoustra Variations, pièce pour six danseuses chorégraphiée avec Ko Murobushi, la relecture pleine de verdeur d'une pièce conçue en 1981. L'éclat violent de ce spectacle reste quasiment inentamé. Sur un ouragan sonore, les femmes se transforment à tour de rôle en hyènes, sorcières, rockeuses, et s'accrochent aux fesses les unes des autres pour une invraisemblable chenille. Ces filles en string et en folie osent tout ce qu'on apprend aux femmes à éviter. Leurs grimaces et leurs hurlements de sales gamines arrachent des éclats de rire. C'est déjà beaucoup.

Rosita Boisseau

Article paru dans l'édition du 26.01.06

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in LIBERATION:

Graziella étoile dada

      La danseuse argentine Graziella Martinez, reine de l'avant-garde dans les années 60, revient à Paris à 67 ans.

  

     Par Marie-Christine VERNAY in LIBERATION

      jeudi 18 décembre 2003

       

       Cérémonies, par Graziella Martinez, au Regard du Cygne, 210, rue de Belleville, Paris XXe. Jusqu'à samedi,

      à 20 h 20, dimanche à 17 heures.

      Tél. : 01 43 58 55 93.

   C   'est un petit bout de bonne femme de 67 ans, fagotée à la manque, mollets nus et socquettes en plein hiver. Mais, même les cheveux en bataille, les paupières lourdes et rosacées, Graziella Martinez a un charme fou. Née en Argentine, cette grande dame de la «danse-théâtre» ne passa pas inaperçue à Paris où elle séjourna de 1963 à 1988. On n'a pas oublié Sainte Geneviève de la Baignoire, le premier spectacle qu'elle présenta avec Martine Barrat, autre reine de l'avant-garde et photographe. C'était en 1967 à la Biennale de Paris, à une époque où la danse contemporaine balbutiait dans un désert chorégraphique quasi total.

 

      Lise Brunel, journaliste spécialiste de danse, raconte : «Il y avait des projections psychédéliques de Mark Boyle, la musique des Soft Machine et des sièges gonflables de Quassar qui étaient jetés dans la salle. C'était complètement nouveau, très dada. On remarquait déjà son mouvement très personnel, sa fantaisie incroyable et son humour décapant.»

 

      Libération la salua ensuite comme «une danseuse d'autant plus contemporaine qu'elle est perpétuellement anachronique», ne manquant pas de renvoyer à Isadora Duncan puis à Loïe Fuller et surtout à Ophélie. Et nota un peu plus tard qu'elle dansait «à la folie». Elle créa alors une suite de Giselle pâmante. Bref, personne ne l'a oubliée malgré son retour au pays, en Argentine, en 1989. Nombre de ses fidèles devraient être présents pour Cérémonies, sa création pour le Regard du Cygne, ce soir à Belleville.

 

      D'aucuns avaient cherché sa trace en Argentine mais point de nouvelles pendant longtemps. «C'est vrai, reconnaît-elle aujourd'hui, un brin ingénue comme souvent, qu'est-ce que je suis bête... J'aurais pu dire où j'étais.» Elle était repartie à Buenos Aires avec un rêve : acheter une maison. Ce qu'elle fit, par hasard en plein coeur des quartiers chic. Elle y vit et y a fait construire un studio où toutes sortes de professeurs donnent toutes sortes de cours à toutes sortes d'élèves. Elle adore le bouillonnement culturel de la capitale argentine, à l'affût des nouveautés, surveillant de près les jeunes créateurs. «C'est réjouissant, dit-elle de sa petite voix haut perchée. Il y a beaucoup de jeunes artistes. Mais quand même je préfère mon époque. Aujourd'hui, il y a des modes que tout le monde adopte.»

 

      Son époque était effectivement plus psychédélique et chacun affirmait son propre langage dans un croisement permanent des disciplines. D'ailleurs, Graziella est plutôt arrivée par le circuit de la peinture, anciennement mariée avec l'artiste Antonio Segui dont elle eut un fils, peintre aussi et installé à Paris. Avant de partir en France en 1963, grâce à une bourse de musique car il n'y avait pas de bourse pour la danse, elle était déjà dans l'expérimentation : «On essayait tout, on mélangeait tout.» Et puis, comme beaucoup d'Argentins, elle a eu envie de voyager «de partir pour se développer». «Il faut changer, bouger, se confronter même si on reste avec ses propres convictions, estime-t-elle. En danse, et j'en ai pris des cours, je n'ai jamais compris ces enseignements qui ont pour but de vous faire méditer, entrer en vous-même, "rechercher l'intériorité", comme ils disent. Pour moi, la danse, c'est l'inverse, c'est l'énergie. Moi, je sépare la recherche intérieure de la danse. Le matin, je consacre du temps à ma concentration, à la méditation, et l'après-midi je danse.»

 

      Tango. Ayant «balancé» assez vite la religion catholique de son enfance, elle est devenue bouddhiste sur le tard. Cette Mistinguett aux allures de danseuse de cabaret les seins à l'air a aussi fait du tango : «Je dansais le tango depuis très jeune mais sans l'avoir appris. Et puis les différentes écoles l'ont codifié et il a bien fallu que je m'y mette. J'ai dû apprendre les pas, les codes. Mais j'ai beaucoup souffert, surtout pour me laisser conduire.» Collage dada à elle toute seule, Graziella n'est sûrement pas revenue à Paris pour rien.

 

      «On ne sait jamais bien pourquoi on part ou on reste. Bien sûr, il y a des raisons objectives. Quand j'ai quitté Paris en 1989, c'est que je ne voyais pas d'issue. Je n'avais plus de studio, pas de subvention. Mes problèmes financiers s'accumulaient et je n'avais plus de carte de séjour. Je suis très touchée de revenir, d'ailleurs j'avais une peur bleue de faire ce voyage, j'en étais malade. Maintenant je suis là et l'accueil est tellement chaleureux.» Avec son sac de baroudeuse, elle s'éloigne dans le métro. «Au fait, qu'est-ce qu'il faut voir à Paris en ce moment ?» On lui indique deux-trois spectacles. «Non, pas ça, je voulais dire des choses underground. Il n'y en a pas ?»

Si, au Regard du Cygne...

  in LIBERATION

 


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Dernière modification : 29 janvier 2006